… la marchandisation de nos espaces naturels
En 2008, pendant le combat contre le projet des forages prétendus géothermiques de la Plaine des Sables, l’Association citoyenne de Saint Pierre avait obtenu l’assurance du préfet d’être associée à l’élaboration de la charte. Il n’en a rien été, à aucun moment, alors même que l’inscription au patrimoine mondial aurait été impossible si l’Association n’avait pas réagi et mobilisé la population pour préserver la Plaine des Sables et l’inscrire au patrimoine mondial. Le parc à pourtant poussé le cynisme jusqu’à publier en juillet 2012, une liste de personnes à consulter dans laquelle figurait l’Association Citoyenne de Saint-Pierre … Notre caractère libre, (nous ne sommes ni politisés ni subventionnés) explique probablement que le parc n’ait pas cru bon de nous consulter …
De plus, alors que tous les habitants de la Réunion sont concernés, le parc a réussi l’exploit de ne proposer aucune réunion publique d’information et d’explication de la charte à destination du grand public dans les 4 pôles géographiques de l’île.
Tout le monde aura aussi remarqué que l’enquête publique a été positionnée en pleine période de fêtes de fin d’année, et qu’elle a « bénéficié » du cyclone Dumile, avec tous les problèmes collatéraux (pas d’eau, pas de courant, routes coupées), et l’honnêteté aurait du conduire à prolonger cette enquête …
En résumé, le parc n’a pas respecté le besoin nécessaire de communication-échange sur ce projet.

A défaut, l’association a donc fait part des observations suivantes au commissaire enquêteur:

Dans le diagnostic du territoire, le paragraphe énergétique rappelle que dans le cadre de l’inscription des Pitons, cirques et remparts au Patrimoine mondial, les autorités se sont engagées vis-à-vis de l’UNESCO à exclure du coeur de parc et du Bien inscrit les forages géothermiques et les structures dexploitation (page 23).
Les MARcoeur n° 23 et 32 prévoient pourtant que le conseil dadministration peut autoriser des forages géothermiques exploratoires. Cest totale contradiction avec :
– la décision 34COM 8B.4 du comité patrimoine mondial de lUnesco (« 4. Félicite l’Etat partie d’avoir pris la décision d’abandonner le projet de production d’énergie géothermique en tenant compte de la nécessité de maintenir la valeur universelle exceptionnelle du bien »)
– la demande exprimée en 2008 par lUICN à l’ambassadrice de France auprès de lUNESCO qu’aucune installation géothermique (forage ou exploitation) ne soit construite à l’intérieur du coeur du parc) Extrait de sa lettre : « L’UICN apprécierait d’obtenir l’assurance de l’Etat partie qu’aucune installation géothermique ne sera construite à l’intérieur du PNRun ni n’aura d’impact sur celui-ci ou sur toute autre zone comprise dans la version finale de la proposition d’inscription »
La géothermie doit respecter le zonage du parc : en dehors du coeur naturel
(MARcoeur 20 et 22)Parce que le coeur du parc se traverse facilement à la demi-journée et ne peut être comparé aux parcs africains qui se traversent sur plusieurs jours en voiture, l’implantation des structures hôtelières doit respecter scrupuleusement le zonage du parc : donc se faire en dehors du coeur du parc. Les structures existantes doivent pouvoir êtres rénovées sans augmentation de surface, et sans impacter les paysages plus qu’ils ne le font actuellement.
les espaces naturels doivent rester les plus naturels possibles.
la signalisation doit être réduite à son strict minimum.
La « mise en scène » des paysages (géologie, botanique, histoire, aménagement de belvédères) ne doit pas se faire au détriment de l’aspect naturel des paysages
Le parc et les partenaires doivent s’engager à utiliser au maximum les technologies numériques (wifi, 3G, smartphones, tablettes etc) dans le projet SIVE. L’accès facile aux informations par ondes électromagnétiques évite une surcharge signalétique sur site naturel.
La possibilité d’implanter de manière dérogatoire des lignes électriques aériennes de tension inférieure à 19.000 V dans le coeur du parc national est inacceptable.
V. Pour le bivouac toléré dans les cas prévus au II ou autorisés dans les cas prévus au IV, les conditions suivantes doivent être respectées :
utilisation uniquement de tentes légères , restriction à la plage horaire comprise entre 18 heures et 7 heures.
Dans le parc national du Mercantour, des usagers se sont fait verbaliser pour avoir planté la tente à 18H45 au lieu de 19H00. L’intransigeance (dépêche AFP de juillet 2012) de la tranche horaire imposée à la Réunion n’est pas en adéquation avec le climat et les conditions de marche locales et se superpose aux restrictions déjà fortes des lieux autorisés. La tombée du jour (18H00 en hiver austral) et les micro-climats locaux rendent dangereuse cette pratique en cas de mauvaise météo, ou de méconnaissance des zones d’éboulis la nuit. Le simple principe de précaution est de permettre la pose de la tente nettement avant la tombée de la nuit pour la sécurité. De même l’humidité de la rosée demande de faire sécher la tente au soleil avant de reprendre la marche.
V. Sauf réglementation contraire du directeur, l’accès, la circulation et le stationnement des personnes sont interdits au sein :1° du territoire de l’ancienne réserve naturelle de Saint-Philippe-Mare-Longue, à l’exception de la route forestière de Mare-Longue et des sentiers ouverts au public ou inscrits au PDIPR.
2° des «espaces de naturalité préservée» figurant à la carte des vocations, à l’exception de l’accès vers les canyons situés en dehors des «espaces de naturalité préservée»,
Des surfaces énormes sanctuarisées. L’exagération décrédibilise cette pratique, il faut garder des sentiers existants remarquables accessibles au public par exemple le sentier « cage aux lions ».
3° du territoire anciennement classé en Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (APPB) Pétrel de Barau
4° du territoire classé en Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (APPB) Pétrel Noir à l’exception de l’accès pédestre à Grand Bassin par les sentiers Piton Bleu/Grand Bassin (dit
sentier Mollaret) et Bois-Court/Grand Bassin par le Grand et Petit CoteauLa réglementation du directeur peut préciser les conditions daccès, de stationnement et de circulation des personnes.
VI. L’interdiction définie au V ne s’applique pas dans les cas suivants :
a) pour les opérations de police, de recherche et de sauvetage et pour les missions de sécurité civile,
b) pour les propriétaires et leurs ayants-droit,
c) pour les services publics en cas de nécessité liée à leurs missions,
d) pour la chasse ou les autres opérations autorisées de contrôle des populations despèces non indigènes.
VII. Par dérogation au V l’accès, la circulation et le stationnement des personnes sont soumis à autorisation du directeur dans les cas suivants :
a) pour la réalisation de missions scientifiques ou de conservation
b) pour les activités de découverte touristique ou pédagogique encadrées par des structures à vocation commerciale ou associative
L’Association a mené l’étude du projet de charte en partenariat avec l’association nationale « Agir pour les paysages« , association ayant pour objet la défense des paysages urbains et non urbains, en particulier contre l’affichage publicitaire. En effet, la charte, prend le risque de demander aux communes d’adopter des réglements locaux de publicité, avec la possibilité de ré-introduire la publicité là où la législation actuelle ne le permet pas.
Par son comportement autiste depuis sa création en 2007, le parc a tristement réussi l’exploit de cristalliser le rejet de la population au point que le débat public est complètement biaisé et à coté de la réalité: « l’Etat colonialiste contre les créoles », alors qu’en réalité (l’argent n’a pas d’odeur) l’action du parc vise tout simplement à refouler les usagers pour les remplacer par des « clients« : projet de lodges, accès payants aux zones préservées, marchandisation des espaces naturels. C’est la vision anglo-saxonne des parc nationaux que promeut par exemple le WWF en opposition aux parc nationaux « à la Francaise » qui préservent le domaine public inaliénable, d’accès libre et gratuit protégé par l’Etat, garant de l’intérêt public.
Derrière les opposants de la charte, à peine masqués, on voit pousser nombre de promoteurs avides qui veulent encore plus de téléphériques, encore plus de lodges, encore plus de snacks, encore plus de péages. C’est la perpétuation de la « culture sur brûlis », qui les a conduit à bétonner le littoral, avant de lorgner désormais sur nos derniers espaces naturels dans les hauts.
Conclusion : entre le parc rigide et à tendance mercantile, et des opposants systématiques pressés de faire leur business en se fichant de la nature, les usagers de bonne foi qui souhaitent la protection de l’Environnement avec raison tout en gardant l’accès libre et gratuit à des sites naturels, préservés naturels, eh bien ces usagers se retrouvent pris entre le marteau et l’enclume, entre des extrêmes qui s’affrontent.


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